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| Babel | 2026-05-25T18:50:47+02:00 | false |
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babel |
Le divulgâchage n'existe pas. Non parce qu'il est absent du dictionnaire des mots français du correcteur de mon éditeur de texte. Plutôt parce que je suis convaincu qu'une œuvre narrative qui repose uniquement sur l'ignorance d'un ou plusieurs éléments pour nourrir l'attention de son public ne le respecte pas. Il lui vide les poches tout en fournissant du temps de cerveau disponible à la reproduction de la domination de la classe qui possède le capital.
C'est simple, c'est donc trompeur. Je vais tout de même faire attention à ne
rien te dévoiler en parlant d'un roman que j'ai lu récemment :
K{{<smallcaps "uang" >}}, Rebecca F., 2022. Babel or the necessity of
violence: an arcane history of the Oxford translators' revolution. New York,
NY : Harper Voyager. ISBN 978-0-06-302142-6.
C'est un roman qu'on pourrait qualifier d'historico-fantastique1. Il se passe dans un de nos passé, mais un de nos passé qui ne s'est pas passé puisqu'il est subtilement différent de l'histoire « officielle », afin d'être plus fidèle à la réalité passée et présente. Et dans ce sens-là, c'est un très bon roman. Un roman qui se lit très bien, malgré ici ou là quelques petites longueurs. Il ne faut pas être trop attentif à la vraisemblance ou à la cohérence, mais on est là pour se raconter des histoires, pas pour publier des citations sorties des forges obscures de gadget-point-i-a dans une revue scientifique à comité de lecture.
Bienvenue donc dans l'Empire sous drapeau britannique, dans la première moitié de ce 19e siècle qui inspire tant nos élites depuis le début du 21e, probablement parce qu'entre XXI et XIX, on se trompe facilement. Ou simplement parce que la domination bourgeoise, c'était encore mieux avant ? Ou encore plus simplement, parce que nous vivons toujours dans cette séquence historique, même si elle a changé récemment, quelque part autour de la guerre civile européenne du 20e siècle.
Cet empire, impérialiste (eh oui) et capitaliste ne tourne pas encore uniquement aux énergies fossiles et au machine learning pour surveiller, punir, et tuer. Mais une technique qui mêle le travail de l'argent et certaines propriétés de la traduction a pris cette place centrale. Ce qui suppose exploiter la ressource que sont les locuteurs et locutrices des langues, surtout s'iels sont polyglottes. Ce qui rapproche ces personnes, parfois colonisées, du centre de l'Empire. Et les place à la fois dans un conflit de loyauté (qui se résout sans trop de dilemme cornélien) et là où certaines actions peuvent être décisives. Il va y avoir de l'action.
Pour qui s'intéresse au monde dans lequel on vit, rien de très nouveau. En revanche, je n'ai pas l'habitude (certainement par ignorance) de voir ces sujets traités sous cette forme-là et c'est précieux. Du moins, au moins pour les blancs et les blanches qui veulent bien se laisser décentrer pour essayer d'un peu mieux se connaître.
Je l'ai lu en anglais, c'est donc que la langue est tout à fait abordable. Le titre existe aussi en traduction française, et, dans un sens, s'il est un livre qui doit aussi être lu dans une traduction, c'est bien celui-ci. Comme s'il existait des choses à ne pas traduire, ou pire, des expressions qui ne soient pas une traduction. Représenter, c'est traduire. On n'en sort pas.
C'est en regardant un Algorithme d'Histoires crépues que j'ai découvert cet ouvrage, allez donc vous balader sur Histoires crépues. C'est le 2e livre en peu de temps que je lis grâce à elleux (ou plutôt à Seumboy, vu que c'est dans les deux cas à la suite d'une de ses recommandation). Je t'en parlerais peut-être.
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Je ne doute pas qu'une étiquette plus précise existe déjà pour cette catégorie. Peut-être fantasy-historique ou uchronie. ↩︎