--- title: "La semaine bientôt passée" date: 2026-06-21T17:47:50+02:00 draft: false categories: ["traces"] tags: ["musique", "lectures", "fruits et légumes", "maintenant", "semaine"] postimage: choulex.jpg postimagedescription: "Graminées et bosquets dans la lumière rasante du matin en campagne genevoise, avec le jura au fond." slug: la-semaine-bientôt-passé --- Cette semaine, je me suis dit que je n'avais pas beaucoup écouté de musique, mais pour finir, il y a quand même de quoi faire une petite liste : - Un peu de reggae. Tout ça à cause d'adolescent-es qui ont fait une vidéo accompagnée d'*Hotel California* de The Eagles. Et en cherchant sur le web des infos sur cette chanson, je suis tombé sur une prétendue reprise de la chanson par Bob Marley. Prétendue, parce que l'image de la vidéo ne correspond pas au son, qui semble être simplement l'original. Alors autant aller écouter du Bob Marley, et puis du Mike Dread, et ainsi de suite. - Samedi matin, en rentrant du marché, dans le petit pré de la maison de quartier, il y avait un concert, un groupe de jazz, et c'était amusant, parce qu'il y avait plus de gens sur la scène (batterie, contrebasse, clavier, guitare et flûte traversière) que dans le public (1 adulte et 1 enfant à notre arrivée). Certainement dans le contexte de la fête de la musique. Le son était bon, l'ambiance extraordinairement paisible. De la musique, 2-3 enfants qui jouaient sur la place de jeu non loin, un merle qui chantait, des martinets qui fendaient le ciel, et encore un peu d'ombre sous la fraîcheur des arbres. On s'est pausé et on a eu droit à une interprétation vraiment bonne de *Freedom Jazz Dance* d'Eddie Harris. Terriblement émouvante, mais une émotion beaucoup moins suspecte que celle des Eagles ci-dessus. Une fois rentré, je suis allé chercher dans mes disques des versions de ce titre, et il y en avait quelques-unes, dont Miles Davis et Miroslav Vitous. - Le dernier disque de Yazz Ahmed, [*Shirin-Yoku*][1], un peu plus « electro » que d'habitude. Passe très bien. - Le dernier disque de Martina Topley Bird, [*Forever I Wait*][2], une artiste que j'avais bien entendu découvert au travers de Tricky et une artiste qui vieillit vraiment bien. Assumer que le temps passe est poétique. - Réécouté du Vernon Reid, que ce soit sous son nom à lui, ou dans d'autres groupe (The Masque, Yohimbe Brothers). - Sur le conseil d'un collègue, le très sympa *In the Buzzbag* des Brooklyn Funk Essentials, un bon funk des années 90 avec des sonorités turques. Et ça m'a rappelé les Brand New Heavies, alors hop. J'ai repris la lecture de [*Français et africains ? Être citoyen au temps de la décolonisation* de Frederick Cooper][3], dans une traduction Christian Jeanmougin. C'est une vidéo de *Histoires crépues* qui m'a signalé ce titre. Sur la fin et au sortir de la 2e guerre mondiale (ou la fin de la grande guerre civile européenne), l'empire français est à reconstruire, alors que la France a en grande partie été sauvée par ses colonies, par ses colonisés. Aussi, les rapports de force ont été un peu modifiés. Le livre reprend les discussions dans et autour de l'assemblée constituante, sur les sujets de l'union française, ou de la fédération, ou de l'empire, ou alors celui de la citoyenneté, unique ou différentiée, avec un suffrage universel (avec ou sans les femmes ?), ou alors avec un suffrage indirect pour les colonisés, etc. Ce qui est surprenant, c'est que bien plus de possibilités sont envisagées que ce qu'on pourrait imaginer aujourd'hui, qu'une bonne partie des colonisé-es veulent bien rester français-es, si c'est l'être tout autant en droit, et pas seulement en qualité, que les métropolitain-es. Et on ne peut s'empêcher de voir que l'aile libérale et humaniste occidentale aimerait bien pouvoir continuer à vendre de la verroterie (être citoyen, mais sans les droits qui vont avec, ou alors des droits amoindris, qui ne remettent pas en cause la supériorité politique de la métropole) contre l'accès aux ressources et au travail. Voir qu'il est si difficile aux civilisés qui donnent des leçons à tout le monde, en 1946, d'abandonner le travail forcé (une forme d'esclavage) est remarquable. Relire le *Discours sur la colonisation* de Césaire. Au marché, chez les maraîchers qui vendent eux-mêmes leur production bio et locale, il y avait : - Des cerises. Plusieurs variétés différentes, toutes aussi excellentes les unes que les autres. - Des framboises, mais pas les mêmes que la semaine dernière. - Des fraises, des fraises, des fraises. - Et des myrtilles aussi. - Des pommes qui se font vieilles et farineuses, mais ce sont encore des pommes. - Toujours des laitues romaines parce que c'est trop bon. - Des fenouils. - Des courgettes. - Des bouquets de basilic, de persil, de shizo. Le shizo je l'utilise souvent pour l'infuser dans du kéfir de fruit (ou d'eau). - Des ognons en bottes. De l'ail encore presque frais. - Des colraves. J'en ai pris plus que nécessaire, et j'ai préparé un pot d'un litre de colraves lacto-fermentés (en saumure quoi). - Des salades. - Des patates nouvelles. - Du céleri en branche. Ce n'est pas visible, alors je l'explicite, mais cette liste de produits qui font se sentir vivant est là pour dire qu'on a vraiment besoin d'une [sécurité sociale de l'alimentation][4]. Ce sont ce genre de disruption que l'on demande. C'est pourtant pas compliqué. [1]: https://yazzahmed.bandcamp.com/album/shinrin-yoku "L'album sur bandcamp" [2]: https://martinatopleybird.bandcamp.com/album/forever-i-wait "L'album sur bandcamp" [3]: https://www.payot-rivages.fr/payot/livre/fran%C3%A7ais-et-africains-9782228911559 "Le livre sur le site de l'éditeur (Payot)" [4]: https://securite-sociale-alimentation.org/